Cancer du sein - Des tests génomiques pour confirmer l’utilité clinique d’une chimiothérapie

Laure GUEROULT ACCOLAS, fondatrice de Patientes en réseau

Les tests génomiques permettent de confirmer la pertinence d’une chimiothérapie après une opération d’un cancer du sein. Si la chimiothérapie n’est pas absolument nécessaire, cela vaut la peine d'éviter ses conséquences lourdes.

Fondatrice de l’association Patients en réseau, Laure Guéroult Accolas a développé de nombreuses plateformes d’information et d’échanges pour accompagner les patients atteints de cancer et, plus particulièrement, les femmes atteintes de cancers gynécologiques ou d’un cancer du sein. 

La majorité des femmes vont guérir de cette épreuve
Chaque année, en France, près de 60 000 femmes sont diagnostiquées d’un cancer du sein (1), soit par le dépistage organisé, soit parce qu’elles présentent des symptômes et découvrent la maladie. Ce qui est très important, c’est que la majorité d’entre elles vont pouvoir guérir de cette épreuve, notamment grâce aux progrès du diagnostic, des traitements, des thérapies ciblées et également d’un accompagnement qui s’est beaucoup développé ces dernières années qu’on appelle les soins de support.

Proposer à la patiente un parcours de soins personnalisé
Lorsque le diagnostic du cancer du sein est posé et qu’une opération chirurgicale a été réalisée, le choix des traitements est défini selon le type de cancer qui touche la patiente. Des analyses réalisées après la chirurgie vont permettre de vérifier que la tumeur a bien été enlevée et une équipe pluridisciplinaire, donc composée de différents spécialistes, va proposer à la patiente un parcours de soins personnalisé.

A chaque type de cancer son traitement
Plusieurs options vont être envisagées qui vont dépendre de la gravité, de l’étendue mais aussi de l’agressivité du cancer et de ses caractéristiques particulières, comme par exemple l’expression ou non du récepteur HER2 qui va permettre d’accéder à des thérapies tout à fait spécifiques : soit le cancer a été détecté tôt et il n’est pas très agressif, une radiothérapie et une hormonothérapie vont être proposées ; soit un traitement plus puissant va être nécessaire et une chimiothérapie, généralement associée à une radiothérapie sera prescrite, éventuellement complétée par la suite pendant plusieurs années par une hormonothérapie.

Une chimiothérapie impacte fortement la vie
La chimiothérapie est le traitement qui, après la chirurgie, fait le plus peur aux femmes. Dans la plupart des cas, elles sont très affectées par ce traitement : perte des cheveux, extrême fatigue, possible baisse importante de l’immunité et autres effets indésirables. Les patientes rencontrent de réelles difficultés à vivre avec ces traitements qui durent plusieurs mois engendrant des difficultés dans leur vie personnelle, familiale et également professionnelle. Avoir une chimiothérapie est compliqué et impacte fortement la vie de la personne. 

Des tests pour s’assurer de la pertinence de la chimiothérapie
L’enjeu des analyses, des biopsies et des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) est de s’assurer de la nécessité d’une chimiothérapie : dans certaines situations, les médecins sont sûrs que la chimiothérapie n’est pas nécessaire, dans d’autres, ils sont sûrs qu’elle est indispensable et puis, il existe une zone entre les deux qui est un peu floue. Depuis 5 ans, en France, des tests génomiques permettent de prendre une décision dans cette zone un peu grise. C’est un enjeu de rendre ces tests plus accessibles.

Rendre ces tests en France accessibles à toutes
Ces tests sont actuellement proposés, mais pas dans tous les établissements de soins. En effet, ils dépendent d’un système de financement qu’on appelle le RIHN, le référentiel des actes innovants hors nomenclature. En France, on soutient l’innovation, ce qui est formidable et il faut le souligner, mais avec le temps, de nombreuses innovations ont été intégrées dans ce RIHN dont l’enveloppe reste toujours la même. Cela crée des problèmes de financement pour les centres qui ne peuvent prescrire ces tests à toutes les femmes qui pourraient en bénéficier. Plusieurs recommandations internationales (1, 2, 3,4,5,6) incitent à les utiliser dans un cadre précis. Des études confortent régulièrement leur intérêt (7, 8). Il semble pertinent qu’aujourd’hui, en France, ces tests sortent de cette enveloppe d’exception de l’innovation pour être financés par le système de soins.

Si la chimiothérapie n’est pas absolument nécessaire, cela vaut la peine de l’éviter 
Avec la Covid 19, il ne faut surtout pas rester seule. Échanger, se tourner vers les associations, se soutenir, c’est très important. En ce qui concerne la chimiothérapie et pour les femmes qui démarrent leur parcours de soins, elles doivent discuter avec leur équipe de soins pour voir si ces tests les concernent.
La chimiothérapie joue sur l’immunité et dans ce contexte, la Covid 19 est un risque de plus. Si la chimiothérapie n’est pas absolument nécessaire, cela vaut la peine d'éviter ses conséquences lourdes et de se soigner sans prendre de risque supplémentaire.

Interview réalisée par Acteurs de santé Tv, avec le soutien d’Exact Sciences qui n’est pas intervenu dans le contenu éditorial - dans le cadre du « 2020 San Antonio Breast Cancer Symposium », décembre, USA, au cours duquel les résultats de l’étude RxPONDER ont été présentés et annoncent les premiers résultats d'un changement de pratique pour les patientes ayant un envahissement ganglionnaire.

En savoir plus :

Sources : 1 https://www.e-cancer.fr/Professionnels-de-sante/Les-chiffres-du-cancer-en-France/Epidemiologie-des-cancers/Les-cancers-les-plus-frequents/Cancer-du-sein / 2 NCCN Guidelines Insights: Breast Cancer, version 3.2018. https://www.nccn.org/store/login/login.aspxReturnURL=https://www.nccn.org/professionals/physician_gls/pdf/breast.pd / 3 IQWIG Communiqué de presse, septembre 2018 / 4 NICE Diagnostics Guidance DG34 Décembre 2018. https://www.nice.org.uk/guidance/dg34 Consulté en décembre 2018 / 5 Burstein et al. Ann Oncol. 2019 / 6 Andre et al. J Clin Oncol 2019 / 7 Sparano et al. N Engl J Med 2018 / 8 Geyer et al. npj Breast Cancer 2018 / 9 Kalinsky et al, San Antonio Breast Cancer Symposium 2020 GS3-00

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