Cancer du sein et chimiothérapie, vers le remboursement des tests génomiques

Pr Pascal PUJOL, onco-généticien, CHU Montpellier & Président de la Société Française de Médecine Personnalisée et Prédictive (SFMPP)

Pour que les tests génomiques soient accessibles à toutes les femmes qui en ont besoin et éviter les pertes de chance, il faudrait qu’ils soient remboursés. Ces tests devraient être inscrits au régime général de la sécurité sociale.

La Société Française de Médecine Prédictive et Personnalisée (SFMPP) vient de tenir son 7ème congrès à Paris. Le Pr Pascal PUJOL, son président, onco-généticien au CHU de Montpellier, alerte sur la nécessité de rembourser rapidement les tests génétiques et génomiques.

Tests génétiques, tests génomiques, quelle différence ?
« On pourrait comparer le test génétique au disque dur de notre ordinateur biologique tandis que la génomique pourrait être l’expression des données de ce disque dur, ses applications. Autrement dit, le test génétique est une information assez brute contenue sur notre génome. La génomique permet d’avoir une photo de l’expression des gènes d’une personne dans une pathologie donnée avec plus de nuances qu’une information génétique brute. »

Des tests génomiques pour une désescalade thérapeutique 
« Développés depuis une vingtaine d’années, les tests génomiques ont un but extrêmement précis : la désescalade thérapeutique. Aujourd’hui, environ 50% des femmes atteintes d’un cancer du sein ont une chimiothérapie alors qu’on sait, en réalité, que cette chimiothérapie ne va être bénéfique que pour 20% d’entre-elles. Alors, comment identifier le sous-groupe de femmes qui n’en a pas besoin ? Cela a été l’objet des études sur la génomique du cancer du sein. »

Diminuer le nombre de chimiothérapies 
« Ces études ont d’abord démontré que les signatures génomiques étaient capables de donner un bon ou un mauvais pronostic. Plus récemment, depuis 4 ans, grâce aux résultats de l’étude prospective TailorX®, on sait précisément quelles sont les patientes qui vont bénéficier ou non d’une chimiothérapie : les patientes présentant un Recurrence score® bas, en dessous de 25, n’en auront pas besoin. Dans ce cas, la chimiothérapie n’apportera aucun avantage, mais que des inconvénients sociaux, familiaux, personnels et aussi économiques. »

6 000 femmes pourraient chaque année éviter une chimiothérapie inutile
« Il est tout à fait légitime d’estimer à 15 000, le nombre de femmes qui devrait avoir une signature génomique tous les ans. Ceci est une fourchette basse. Sur ces 15 000 femmes, 5 000 à 6 000 d’entre-elles pourraient éviter une chimiothérapie. Ces signatures génomiques permettent une désescalade de la chimiothérapie dans à peu près 35% des cas. 15 000 femmes devraient donc avoir accès à ces signatures génomiques, permettant chaque année d’éviter près de 6 000 chimiothérapies inutiles. »

Sortir les tests génomiques du RIHN
« Les tests génomiques ne sont pourtant pas réalisés de façon systématique dans tous les centres car nous sommes aujourd’hui dans un système de prise en charge contraint. Notre système de santé a mis en place une enveloppe pour favoriser l’innovation, le RIHN, on peut s’en réjouir. Le problème est que les tests génomiques font partie de cette enveloppe fermée depuis plus de 5 ans, ils devraient aujourd’hui en être sortis. Or, chaque année, la prescription de ces tests augmente et le remboursement des établissements diminue. L’établissement qui aujourd’hui fait un test ne s’y retrouve pas financièrement : les centres importants et certains établissements libéraux supportent ces coûts, mais d’autres sont en difficulté. »

Rembourser les tests génomiques partout en France
« Pour que les tests génomiques soient accessibles à toutes les femmes qui en ont besoin, éviter les pertes de chance et les inégalités selon la région dans laquelle elles habitent, il faudrait qu’ils soient remboursés, comme l’ont indiqué l’économiste de la santé, Jean-Jacques Zambrowski, et Jean-Yves Blay, le président d’Unicancer. Les tests génomiques devraient être inscrits au régime général de la sécurité sociale. A ma connaissance, il n’y a pas d’exemple en médecine d’un médicament ou d’un dispositif indispensable aux soins et qui permette une désescalade thérapeutique qui ne soit pas remboursé. Ce qui est nouveau, c’est que ce test nous indique lorsque nous ne devons pas traiter, ce qui est assez rare en médecine ! Il est grand temps aujourd’hui qu’on aille rapidement vers le remboursement de ces tests génomiques. » 

Sources :                                                                                                                
NCCN Guidelines Insights: Breast Cancer, version 3.2018 - IQWIG Communiqué de presse, septembre 2018 - Sparano et al. N Engl J Med 2018 - Geyer et al. npj Breast Cancer 2018 - Kalinsky et al, San Antonio Breast Cancer Symposium 2020 GS3-00

En savoir plus :
Société Française de Médecine Personnalisée et Prédictive (SFMPP),https://www.sfmpp.org
Voulez-vous savoir ce que nos gènes disent de notre santé, édition Humensciences, Pascal Pujol, 2019, https://www.humensciences.com/livre/Voulez-vous-savoir-%3F/21
Association Patients en réseau, https://www.patientsenreseau.fr/ 
Mon traitement cancer du sein, https://www.montraitement-cancerdusein.fr/
Exact Sciences, https://www.exactsciences.com/ 

Interview réalisée par Acteurs de santé dans le cadre de la web Tv Cancer du sein, chimiothérapie et tests génomiques : https://www.acteursdesante.fr/webtv/cancer-du-sein-chimiotherapie-et-tests-genomiques/12/

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