Cancer du sein hormono dépendant 2021, quel financement pour les tests génomiques ?

Pr. Jean-Jacques ZAMBROWSKI, enseignant de politique et économie de la santé - Université Paris Saclay

Il est essentiel, comme le disent l’ensemble des spécialistes et les associations de patients, que les tests génomiques rejoignent la nomenclature des actes de biologie médicale, instituant leur place dans les actes de pratique médicale courante.

ENTRETIEN avec Jean Jacques Zambrowski, médecin et économiste de la santé. Le point sur le financement des tests génomiques prescrits avant chimiothérapie dans certains cas de cancer du sein.

80% des femmes ayant un cancer du sein sont concernées par les tests génomiques
« Les tests génomiques permettent de distinguer les femmes qui peuvent bénéficier de certains types de traitement de celles qui n’en bénéficieront pas et pour qui la prescription serait totalement inutile, les exposant à des effets indésirables potentiels. De plus, ces prescriptions inutiles affectent les ressources humaines, techniques ou financières consacrées au cancer. 80% des femmes atteintes d’un cancer du sein peuvent bénéficier d’un test génomique pour déterminer la suite de leur traitement. » 

Des tests qui permettent un juste usage de la chimiothérapie
« L’utilisation des tests génomiques va permettre de distinguer de manière certaine les femmes qui vont bénéficier d’une chimiothérapie de celles qui n’en bénéficieront pas. Différents pays comme le Royaume-Uni, l’Allemagne ou les États-Unis dans leurs recommandations sorties depuis 2018, ont bien établi l’usage de ces tests pour les cancers sans envahissement ganglionnaire, au stade précoce. Ces tests, aux différents stades évolutifs de la maladie, vont pouvoir guider, contrôler et permettre de donner la chimiothérapie à bon escient. » 

Le coût des tests est mineur comparé à une chimiothérapie, d’autant plus si elle est inutile
« Un traitement donné alors que les tests génomiques permettent de savoir à l’avance qu’il ne fonctionnera pas, permettrait non seulement d’éviter des coûts inutiles, mais aussi des effets indésirables et un espoir inutile. Quant au coût des tests, il est mineur par rapport au coût des économies qu’ils génèrent. Toutes les études le montrent, l’utilisation de ces tests est sans aucun doute intéressante tant sur le plan économique que médical. 
La chimiothérapie coûte entre 5 000/6 000 euros et jusqu’à 30 000 euros suivant la molécule utilisée. Il faut y ajouter le coût de la mastectomie, puis dans de nombreux cas celui de la reconstruction mammaire qui donne lieu à de nombreux suppléments d’honoraires, et celui des soins de support qui sont insuffisamment pris en charge. Les arrêts de travail ou la non reprise d’une activité professionnelle vont également coûter très cher à l’assurance-maladie. Une fois que les remboursements de la sécurité sociale et de la mutuelle ont été effectués, la facture s’élèvera à 400/500 euros par mois chez les femmes, à laquelle il faut encore ajouter le soutien psychologique dont le coût mensuel est considérable.
Finalement, ces tests qui coûtent aux alentours de 3 000 € représentent une dépense parfaitement légitime et mineure par rapport à la prise en charge totale d’un cancer du sein, qui plus est si la chimiothérapie prescrite est largement inutile. »

Il est essentiel que ces tests rejoignent la nomenclature des actes de biologie médicale
« Les tests génomiques sont disponibles en France depuis plusieurs années, mais ils ont malheureusement été classés dans le RIHN, le référentiel des actes innovants hors nomenclature. Or cet acte n’est plus innovant, il fait partie en France tout comme dans nos pays voisins de la pratique médicale courante. Le maintien dans ce référentiel depuis cinq ans, viendra à échéance - après une prolongation de deux ans dont on ne comprend pas exactement d’ailleurs la raison - à la fin de cette année 2020. Dès le début du mois de janvier 2021, il n’y aura plus de financement, sauf à prolonger indûment ce statut hors nomenclature. Tout ce qui devait être fait à déjà été mis en place. La connaissance précise du bénéfice des tests a déjà largement été apportée au cours de ces cinq dernières années. Aujourd’hui, toutes les données doivent permettre aux autorités qui en ont la charge d’inscrire définitivement les actes des tests génomiques qui en ont fait la preuve dans le répertoire des actes ordinaires de la biologie médicale comme tant d’autres. »

« Il est essentiel, comme le dit l’ensemble des spécialistes, tout comme les associations de patients, que ces tests rejoignent la nomenclature des actes de biologie médicale, NABM, ce qui instituera véritablement ce test génomique dans les actes de pratiques médicales et biologiques courantes au bénéfice des patients. »  

Source : Kalinsky et al, San Antonio Breast Cancer Symposium 2020 GS3-00

Interview réalisée par Acteurs de santé Tv, avec le soutien d’Exact Sciences qui n’est pas intervenu dans le contenu éditorial - dans le cadre du « 2020 San Antonio Breast Cancer Symposium », décembre, USA, au cours duquel les résultats de l’étude RxPONDER ont été présentés et annoncent les premiers résultats d'un changement de pratique pour les patientes ayant un envahissement ganglionnaire.

En savoir plus :

• Pr Jean-Jacques Zambrowski, https://www.linkedin.com/in/jean-jacques-zambrowski-3174096?originalSubdomain=fr• Mon traitement cancer du sein, https://www.montraitement-cancerdusein.fr/• Exact Sciences, https://www.exactsciences.com/• Patients en reseau, https://www.patientsenreseau.fr/ - @reseauKsein 

 

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