Cancer du sein, un test génomique pour conforter la décision thérapeutique

Dr Caroline CHARLES, consultante recherche clinique en oncologie

On observe une réduction de 70% des prescriptions de chimiothérapie chez les patientes ayant réalisé le test génomique Oncotype DX®, ce qui permet une réelle désescalade thérapeutique.Cohorte LISE, ESMO Breast Cancer.

Le Docteur Caroline Charles a présenté, en mai 2022, à l’ESMO Breast Cancer, le grand congrès européen du cancer du sein, une étude qui porte à la fois sur l’impact et sur les indications du test génomique Oncotype DX®.


Cohorte LISE, des données de vie réelle très précises
« Nous avons mis en place à l’Institut du Cancer Courlancy de Reims une grande cohorte, LISE, qui vise à collecter de nombreux paramètres chez les femmes atteintes d’un cancer du sein et traitées dans notre centre sur la période de 2010 à 2021. Les informations recueillies sont très uniformes, nous permettant d’avoir une excellente qualité et exhaustivité des données ainsi qu’une grande précision. En effet, les données de vie réelle sont généralement réalisées avec de très grandes cohortes et une qualité un peu moindre ou au contraire avec de petites cohortes très précises. Notre cohorte est à la fois importante et précise, ce qui nous permet d’étudier des sous-groupes comme, par exemple, celui que nous avons créé pour mieux apprécier les indications et l’utilité en vie réelle du test génomique Oncotype DX® ».


Confirmer ou non la décision de faire une chimiothérapie
« Plus de 3.000 patientes sont suivies dans la cohorte LISE ; 1.100 d’entre elles étaient éligibles au test génomique Oncotype DX®. Seules 230 patientes en ont bénéficié, soit 20%. Ce test permet de conforter la décision thérapeutique envisagée en RCP (Réunion de Concertation Pluridisciplinaire) et de confirmer ou non la nécessité de prescrire une chimiothérapie. Dans la grande majorité des cas, alors que l’on pensait devoir prescrire une chimiothérapie, le score de récurrence, c’est-à-dire l’évaluation du risque de rechute, du test indique que nous n’en avons pas besoin ! »


70% de chimiothérapies en moins
« On observe une réduction de 70% des prescriptions de chimiothérapie chez les patientes ayant réalisé le test génomique, ce qui permet une réelle désescalade thérapeutique. La patiente bénéficie alors d’une radiothérapie assortie ou non d’une hormonothérapie sans avoir recours à la chimiothérapie, évitant ainsi ses effets secondaires et bénéficiant d’une prise en charge plus courte. Comparé au coût d’une chimiothérapie de plusieurs mois et de ses effets secondaires, le coût d’un test génomique a toute sa place sur un plan pharmaco-économique dans notre système de santé. »


Une aide à la décision thérapeutique
« Dans cette étude, on apprend aussi pourquoi les médecins prescrivent ce test génomique : dans 24% des cas, les oncologues ne pensent pas prescrire de chimiothérapie, mais ils veulent conforter leur décision et être sûrs qu’ils pourront soigner leurs patientes sans chimiothérapie, surtout les jeunes femmes ou celles qui présentent quelques facteurs défavorables. À l’inverse, dans près de 10 % des cas, les soignants pensent d’emblée qu’une chimiothérapie est nécessaire mais là aussi, ils veulent être sûrs de leur décision, soit parce qu’un praticien a émis des doutes lors de la RCP, soit parce que la patiente a peur de la chimiothérapie et demande à faire le test. Dans les deux cas, le test rassure l’équipe soignante. Et puis, dans 60% des cas analysés, les facteurs sont très discordants, on est dans une « zone grise », on ne sait pas quelle décision prendre. Le test est alors indispensable. »


De nouvelles recommandations de l’ASCO
« On observe toutefois dans 6% des cas que le test a été prescrit alors qu’il n’était pas forcément nécessaire au regard de l’anatomopathologie et des critères de la tumeur. Les recommandations de l’ASCO publiées en avril 2022 par le Dr Fabrice André (Gustave Roussy) dans le Journal of Clinical Oncology (JCO) devraient permettre d’affiner les critères de sélection. En France, à date, le test génomique Oncotype DX® est réalisable uniquement chez les patientes RH+ HER2-, donc celles qui ne sont ni triple-négatives ni HER2+, avec aucun envahissement ganglionnaire (N0) ou jusqu’à 3 ganglions envahis (N1). Son recours reste à l’appréciation du praticien. »


Les tests génomiques ne sont pas encore remboursés en France
« Les indications sont très différentes en Europe, d’un pays à un autre. En France, les tests génomiques ne sont pas encore remboursés, ils sont pris en charge à travers une dotation spéciale (RIHN). 2/3 de chimiothérapies en moins chez les patientes testées justifient amplement la prise en charge de ces tests sur le plan pharmaco-économique. De plus, la plupart des patientes sont soulagées de ne pas avoir de chimiothérapie. A contrario, ce test peut aussi indiquer qu’une chimiothérapie doit être prescrite à une patiente pour laquelle elle ne semblait pas requise. Dans tous les cas, le test permet de protéger davantage les patientes, soit d’un sur-traitement, soit d’un risque plus important de récidive. »


« Ce test doit être utilisé à bon escient chez les patientes lorsque l’équipe soignante n’est pas sûre de la nécessité de prescrire une chimiothérapie. C’est un excellent outil d’aide à la décision thérapeutique. »

POSTER présenté à l'ESMO Breast Cancer par les Drs Bruno Cutuli et Caroline Charles, Institut du Cancer Courlancy, Reims.

Télécharger le poster ESMO

https://www.presstvnews.fr/exactsciences/esmo3.pdf


En savoir plus : Web Tv Cancer du sein, chimiothérapie et tests génomiques, https://www.acteursdesante.fr/webtv/cancer-du-sein-chimiotherapie-et-tests-genomiques/12/
Clinique de Courlancy, http://www.courlancy-sante.com/courlancy
Mon traitement cancer du sein, https://www.montraitement-cancerdusein.fr/Exact Sciences, https://www.exactsciences.com/
Patients en réseau, https://www.patientsenreseau.fr/cancer-du-sein-et-chimiotherapie-tests-genomiques/
Mon réseau cancer du sein, https://www.monreseau-cancerdusein.com/dossiers/mieux-comprendre/parcours-diagnostique/tests-genomiques-predictifs/tests-genomiques-predire-le-risque-de-recidive-et-preciser-la-necessite-dun-ch

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