Cancer du sein, vers une désescalade thérapeutique

Professeur Jean Marc FERRERO, oncologue médical, Centre Antoine Lacassagne - CLCC Unicancer

Quand on compare le coût de la signature génomique et le coût de la chimiothérapie et de son incidence, nous sommes clairement en faveur du remboursement de ces tests.

Le professeur Jean-Marc Ferrero, oncologue au Centre Antoine Lacassagne à Nice, est l’un des investigateurs principaux de RxPONDER, une étude internationale sur les tests génomiques présentée, en décembre dernier, au congrès américain de sénologie de San Antonio. Il présente les principaux enseignements de cette étude qui change la pratique des oncologues en matière de prescription d’une chimiothérapie auprès des femmes atteintes de certains cancers du sein.

Des tests pour éviter les chimiothérapies inutiles
« Les tests génomiques ont été développés et mis en place depuis une vingtaine d’années. L’étude RxPONDER a été réalisée avec Oncotype DX®, test génomique qui au travers de l’analyse de 21 gènes de la tumeur permet de connaitre le risque de récidive de la maladie et de savoir quel traitement sera le plus approprié pour la patiente : chimiothérapie et hormonothérapie ou hormonothérapie seule. » 

Le test Oncotype DX®, un panel de 21 gènes issus de la tumeur
« Des études sur ce test ont fait l’objet d’une publication - TailorX - qui a montré, il y a déjà quelque temps, que les tests génomiques permettaient de mieux définir le pronostic des patientes atteintes d’un cancer du sein sans envahissement ganglionnaire. Dans cette nouvelle étude RxPONDER, il s’agit de patientes qui ont un envahissement ganglionnaire, entre un et trois ganglions, des récepteurs hormonaux positifs et Her2 négatif. »

Chimiothérapie : une vraie avancée en termes de désescalade thérapeutique
« L’étude RxPONDER avait pour objectif principal de déterminer chez certaines patientes atteintes d’un cancer du sein l’effet de la chimiothérapie sur la survie sans maladie invasive. Nous nous sommes rendu compte que la réponse était différente pour les patientes ménopausées et les patientes pré-ménopausées : l’addition de la chimiothérapie à l’hormonothérapie pour les patientes pré-ménopausées n’apportait pas de bénéfices lorsque “le Récurrence Score®” (score permettant de connaitre le risque de récidive de la maladie et le bénéfice de la chimiothérapie) était inférieur à 25. Cette information est une vraie avancée en termes de désescalade thérapeutique. Jusqu’à présent, en cancérologie sénologique, le fait d’avoir un envahissement ganglionnaire entraînait d’emblée une chimiothérapie. Avec cette étude, les patientes qui ont un envahissement ganglionnaire de moins de 3 ganglions, peuvent bénéficier seulement d’une hormonothérapie qui présente beaucoup moins d’effets secondaires et de conséquences sur leur qualité de vie que la chimiothérapie. C’est une information extrêmement importante. »

L’étude RxPONDER change les pratiques des oncologues à Nice et dans les centres Unicancer
« L’étude RxPONDER confirme qu’on peut diminuer le nombre de chimiothérapies : grâce à cette étude, dès qu’une femme ménopausée présente un cancer du sein avec un envahissement ganglionnaire - entre un et trois ganglions -, nous proposons de faire le test génomique Oncotype DX®. Si le Recurrence Score® est inférieur à 25, on ne fait qu’une hormonothérapie et la patiente échappe alors à la chimiothérapie. Nous avons discuté de ces résultats entre sénologues de différents centres anticancéreux qui font partie d’Unicancer et avons tous conclu que pour cette population de femmes, nous étions tenus de faire ce test Oncotype DX®. Cette étude est la seule étude prospective randomisée de phase 3 qui montre des résultats positifs. Toutes les autres signatures génomiques ont fait l’objet d’études rétrospectives sur des populations plus anciennes. »

6 000 à 8 000 femmes pourraient éviter une chimiothérapie chaque année
« Les femmes concernées par ce test génomique sont des patientes ménopausées qui ont entre un et trois ganglions envahis, des récepteurs hormonaux positifs et Her2 négatif, soit 6 000 à 8 000 femmes par an en France, ce qui est extrêmement conséquent.
Or ces tests génomiques ne sont pas remboursés à l’heure actuelle, ils font partie des innovations thérapeutiques et sont partiellement pris en charge par le RIHN, enveloppe dédiée aux remboursements des actes innovants hors nomenclature : ils restent donc à la charge de l’établissement. Donc, en théorie, toutes les femmes peuvent en bénéficier, mais il faut que l’établissement accepte la prise en charge du test. »

Faire sortir les tests génomiques de l’enveloppe RIHN
« Les tests génomiques devraient faire l’objet d’un remboursement, mais les discussions et négociations avec la HAS et les organismes payeurs vont être encore longues même s’ils présentent de réels bénéfices en termes de santé publique. Diminuer le recours à la chimiothérapie permet en effet, non seulement d’éviter le coût de la chimiothérapie, mais aussi le coût de son incidence : arrêts de travail, soins de support… Quand on compare le coût de la signature génomique et le coût de la chimiothérapie, nous sommes clairement en faveur du remboursement de ces tests. »

Interview réalisée par Acteurs de santé Tv, avec le soutien d’Exact Sciences qui n’est pas intervenu dans le contenu éditorial - dans le cadre du « 2020 San Antonio Breast Cancer Symposium », décembre, USA, au cours duquel les résultats de l’étude RxPONDER ont été présentés et annoncent les premiers résultats d'un changement de pratique pour les patientes ayant un envahissement ganglionnaire. 

Source : Kalinsky et al, San Antonio Breast Cancer Symposium 2020 GS3-00 

En savoir plus :
Pr Jean-Marc Ferrero, https://fr.linkedin.com/in/jean-marc-ferrero-a439a4a3, liens d'intérêt sur https://www.transparence.sante.gouv.fr/flow/main?execution=e2s1

Mon traitement cancer du sein, https://www.montraitement-cancerdusein.fr/ Exact Sciences, https://www.exactsciences.com/

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