Cancers : le futur du dépistage 

Suzette DELALOGE, oncologue, chercheuse, Gustave Roussy

Rénover le dépistage du cancer du sein avec quelques approches technologiques d'amélioration, mais aussi des approches de personnalisation.

« Nous réfléchissons actuellement à rénover le dépistage du cancer du sein. »

Rénover le dépistage du cancer du sein 
« Le depistage du cancer du sein est celui qui est le plus avancé avec quelques approches technologiques d'amélioration, mais aussi des approches de personnalisation. Dans les deux ou trois ans qui viennent, nous aurons des niveaux de preuve suffisants pour mieux personnaliser l'âge de début, la fréquence des mammographies, le type d'image à faire, etc. Nous menons aussi une réflexion importante afin de réconcilier la prévention et le dépistage avec des parcours de soins spécifiques. Voici ce qui se dessine. Nous savons aussi mieux identifier les personnes à risque, nous savons mieux quoi leur dire et que leur proposer - type de dépistage, fréquence - et comment réduire les risques. »

Détecter l’ADN tumoral circulant 
« Une prospective importante est l'arrivée d'un certain nombre de tests de dépistage, en particulier de l'ADN circulant. Aujourd'hui, très clairement, les tests multi-cancer de dépistage n'ont pas un niveau de preuve suffisant pour être utilisés en routine. Leur sensibilité est bonne mais pas parfaite et elle est assez mauvaise pour les cancers de stade 1. Nous n’avons aucune preuve que ces tests changent la destinée des personnes. Il y a beaucoup de faux positifs. Ces tests ne sont pas encore prêts. On observe donc un retour de manivelle avec des tests qui se développent pour des cancers spécifiques. Mais là aussi, aucun d’entre eux ne présente un niveau de preuve suffisant pour être utilisé. Il faut des données prospectives, il faut des études. La plus importante, GRAIL, est menée actuellement au Royaume-Uni ».  

Le dépistage du cancer du poumon, le challenge pour 2026 
« L’actualité du dépistage concerne le cancer du poumon avec le programme “Impulsion” qui démarre en France en janvier 2026 : 20 000 personnes sont invitées. Nous ne sommes pas trop en retard par rapport au reste de la planète, mais se pose la question de sa faisabilité. Aux États-Unis, par exemple, la participation est assez faible, 16 % la première fois, 6 % à la ré-invitation, ce qui est assez catastrophique. Nous voulons absolument qu'il y ait une bien meilleure participation parce que c'est un dépistage important et un vrai enjeu de santé publique. C’est vraiment le challenge pour 2026. »

Cancers du sein, la question du dépistage se pose chez les 40-50 ans 
« On observe davantage de cancers du sein chez les jeunes femmes. La question du dépistage se pose chez les 40-50 ans et l’étude MyPeBs va y répondre en partie. Effectivement, avec l'incidence qui augmente dans toutes les tranches d'âge, les 40-50 ans ont aujourd’hui acquis un niveau d'incidence qui justifierait le dépistage organisé. Le problème, c'est que la sensibilité est moins bonne chez les 40-50 ans, et le bénéfice est moindre car la mammographie est moins bien. Se posent alors de vraies questions : quels types d'examens faire ? Mammographie et IRM, angiomammographie, etc. Nous espérons bien avoir des réponses d’ici trois ou quatre ans. »

Interview réalisée par Acteurs de santé lors du 11e congrès de la Société Française de Médecine Prédictive et Personnalisée (SFMPP), avec le soutien d'Exact Sciences qui n'est pas intervenu dans le contenu éditorial, octobre 2025.

En savoir plus :
https://www.sfmpp.org
- L’étude MyPeBS (My Personal Breast cancer Screening) est la première étude clinique européenne randomisée, qui vise à évaluer les bénéfices d’un dépistage dont la fréquence sera adaptée au risque individuel de cancer du sein de chaque femme. Avec 360 000 nouveaux cas diagnostiqués et 92 000 décès chaque année en Europe, le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme. Les campagnes de dépistage actuelles visent toutes les femmes avec un seul critère de sélection : l’âge. Mais elles comportent un certain nombre d’écueils : faux positifs sur les mammographies, risque de sur-diagnostic, voire de sur-traitement ou au contraire, chez certaines femmes, risque de développer un cancer de l’intervalle dépisté trop tard. Pilotée par le Dr Suzette Delaloge, Gustave Roussy, et cordonnée par Unicancer, MyPeBS est une étude multicentrique à laquelle participeront 85 000 femmes volontaires de 40 à 70 ans. Source Gustave Roussy : https://www.gustaveroussy.fr/fr/mypebs

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