Des recommandations sur la prévention des escarres 

Dr Nathalie FAUCHER, gériatre, Hôpital Bichat, AP-HP

Il n’est pas question, pour des raisons de coûts, d’appliquer un pansement hydrocellulaire à tous les patients, mais nous devons repérer les patients à très hauts risques de survenue d’escarres dans les services de réanimation et de gériatrie.

Le Dr Nathalie Faucher, gériatre à l’hôpital Bichat AP-HP, fait le point sur l’actualité de la prévention des escarres à l’occasion du congrès conjoint Journées Cicatrisations & EWMA, organisé par l’Association Européenne EWMA (European Wound Management Association) et la Société Française et Francophone des Plaies et Cicatrisations (SFFPC) les 26 et 27 octobre prochain, en digital, puis du 1er février au 3 février, à Paris.

Des pansements hydrocellulaires pour les patients à haut risque d’escarres
« Les recommandations sur la prévention des escarres, rédigées par un groupe d’experts français, vont paraître en anglais dans le Journal of Wound Care*. Nous espérons que ces recommandations pourront être rapidement traduites pour être présentées en anglais et en français lors de notre congrès de 2022. Il est important de prévenir l’escarre car il est plus simple de prévenir que de guérir et nous avons à notre disposition différentes mesures de prévention qui peuvent nous aider à éviter la survenue des plaies : mobilisation du patient, nutrition, mise sur un support adapté et inspection des zones d’appuis et bien sûr, rôle du nursing avec les soignants. Ces dernières années, de nombreux articles sont parus sur la prévention des escarres, notamment au niveau du talon et du sacrum, avec des pansements hydrocellulaires multi-couches, plus de 4 couches dans leur composition. C’est sur ce sujet que nous avons travaillé pour les recommandations. Il n’est pas question, pour des raisons de coûts, d’appliquer un pansement hydrocellulaire à tous les patients, mais nous devons repérer les patients à très hauts risques de survenue d’escarres dans les services de réanimation, pendant les chirurgies ou encore dans les services de gériatrie, afin de leur appliquer ce type de pansement au niveau du sacrum et des talons pour prévenir la survenue d’une plaie. »

L’organisation du suivi des plaies implique les soignants, les patients, les familles, les aidants, la ville et l’hôpital
« Si nous prenons l’exemple de la gériatrie, nous sommes organisés en filière avec à la fois des intervenants libéraux, une équipe mobile de gériatrie externe qui fait le lien entre les Ehpad, les médecins généralistes et le service de gériatrie de l'hôpital. L’hôpital de jour permet aux patients d’être accueillis pour avoir leur bilan et nous échangeons assez facilement avec les infirmiers libéraux et les médecins généralistes sur les patients qui présentent des plaies. Nous ne pouvons pas travailler les uns sans les autres. Il nous manque toujours un dossier partagé qui permettrait d’échanger les photos et les examens réalisés sur des liens sécurisés. Nous essayons de faire des prescriptions claires pour les infirmières de ville et de noter dans les comptes-rendus la prise en charge des plaies quand il y a lieu. Les aidants sont impliqués surtout si les personnes présentent des troubles cognitifs. Nous devons leur expliquer comment faire et revoir au besoin les patients en consultation. »

Une relation de confiance entre soignants et patients
En gériatrie, il s’agit bien souvent de soins à long terme, la relation entre les patients, les aidants est extrêmement importante. « Il faut de la confiance et aussi la possibilité pour l’aidant, le patient ou le médecin traitant de pouvoir joindre l’hôpital. C’est important d’avoir un numéro unique pour pouvoir joindre le médecin qui pourra donner un conseil. Nous avons aussi la chance d’accueillir des infirmières de pratique avancée (IPA) qui travaillent avec les gériatres aux urgences et permettent de bien évaluer les patients. Elles travaillent aussi en ville avec l’équipe mobile de gériatres externes, c’est un grand avantage pour nous. »

Une place pour les infirmières en pratique avancée dans les plaies
« Il n’existe pas de spécificité “Plaie” pour les infirmières de pratique avancée, mais elles peuvent choisir des thèmes de pathologies chroniques : une infirmière en pratique avancée en cancérologie sera amenée à prendre en charge des plaies cancéreuses. La gériatrie est un domaine transversal, lorsque les patients sont porteurs de plaies, les infirmières en pratique avancée ont aussi la capacité de gérer ces pathologies en développant leurs compétences. »

*Faucher N, Barateau M, Hentz F, Michel P, Meaume S, Rousseaux C, Marty M, Le Fort M, Nicolas B. Use of multilayer silicone foam dressings as adjuvant therapy to prevent pressure injuries. J Wound Care. 2021 Sep 2;30(9):712-721.

Interview réalisée dans le cadre de la web Tv Plaies et Cicatrisation Acteurs de santé Tv avec le soutien institutionnel de ConvaTec, https://www.acteursdesante.fr/webtv/plaies-et-cicatrisations-convatec/1/

En savoir plus :
Rendez-vous aux Journées Cicatrisations : https://www.cicatrisations2022.org
Laboratoires ConvaTec @ConvatecWoundFr : https://www.convatec.fr

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