Détecter et traiter les cancers précocement

Alexandre HARLÉ, Institut de Cancérologie de Lorraine.

La biopsie liquide permet de choisir les traitements pour les patient(e)s en fonction des mutations retrouvées dans l'ADN tumoral circulant. Les données sont assez prometteuses aujourd’hui pour la détection précoce des cancers.

Recherché à la suite d’une simple prise de sang, l’ADN tumoral circulant est une réelle avancée pour les soignants comme pour les patients, dans le dépistage et la prise en charge personnalisée des cancers. Il faut maintenant trouver le moyen de rationaliser et de financer cette avancée de façon à la rendre accessible à tous les patients.

Trouver de l’ADN qui provient de la tumeur
« La biopsie liquide est une manière un peu détournée de prélever, au même titre qu'une biopsie tissulaire, soit du sang, soit un autre liquide biologique de manière à trouver dans ce liquide biologique de l'ADN qui provient de la tumeur. Au cours de son développement, la tumeur va en effet relarguer de l'ADN notamment dans le sang. C’est cet ADN tumoral circulant que nous cherchons lorsque nous faisons une biopsie liquide. »

Détecter un cancer 3 ans avant son apparition
« La biopsie liquide nous permet de choisir les traitements pour les patient(e)s en fonction des mutations qu'on va retrouver dans l'ADN tumoral circulant. Les applications en détection précoce des cancers, notamment le dépistage, sont en cours de validation. Nous avons des données assez prometteuses aujourd’hui pour la détection précoce des cancers. Certaines publications récentes démontrent qu’il est possible de détecter de l'ADN tumoral circulant notamment dans des cancers de l'ovaire ou d'autres types de cancers, 3 ans avant l’apparition du cancer. C’est donc très prometteur. La question est de savoir ce que nous faisons de ces informations. Quelle est la démarche médicale à tenir ? Quel est l'impact pour le patient aussi bien au niveau familial que psychologique. Nous devons aussi être attentifs à cela lorsqu’on fait ce genre de dépistage et savoir, si oui ou non, nous devons traiter sans savoir précisément où se situe la tumeur. »

Intercepter les résistances aux traitements
« En termes de rechutes, de nombreux laboratoires en France font maintenant des biopsies liquides quasiment en routine. Dans le cancer du sein notamment, une étude, SERENA-6, a été présentée cette année à l’ASCO dans laquelle il est démontré l'intérêt de prélever les patientes atteintes d'un cancer du sein RH+/HER2- de manière régulière tous les trois mois. Si une mutation de résistance est trouvée, le traitement est alors modifié. Le suivi longitudinal a clairement un intérêt aujourd'hui dans le suivi des patientes. »

Découvrir des cancers de manière fortuite
« Aujourd'hui, la biopsie liquide est uniquement utilisée chez des patients atteints de cancer. Il peut arriver que nous découvrions un cancer du sein de manière fortuite, par exemple chez des femmes enceintes lors du dépistage prénatal non invasif. Il existe quelques cas dans la littérature : analyser l'ADN fœtal, c'est un petit peu comme analyser de l'ADN tumoral circulant, lors d'un événement un peu plus heureux. Ces cas sont très rares. »

Rationaliser et financer l’utilisation de la biopsie liquide
« Dans les années qui viennent, notre défi est de continuer à valider l'utilisation de la biopsie liquide, que ce soit dans le dépistage, dans les stades très précoces tout comme dans le suivi de la maladie et de le faire de la manière le moins cher possible pour qu’elle soit remboursée par nos tutelles et notre système de santé et ainsi être accessible à tous les patients. Nous devons maintenant vraiment trouver le moyen de rationaliser et de financer l'utilisation de ces tests. »

Interview réalisée par Acteurs de santé lors du 11e congrès de la Société Française de Médecine Prédictive et Personnalisée (SFMPP), avec le soutien d'Exact Sciences qui n'est pas intervenu dans le contenu éditorial, octobre 2025.

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