L’apport de la sociologie dans la crise de l’hôpital public

Pierre-André JUVEN, sociologue, chargé de recherche au CNRS

6/6 - Nous sommes extrêmement pessimistes sur le futur de l’hôpital public car son niveau de financement n’est pas suffisant. Ce qui nous semble inquiétant, c’est que le gouvernement ne répond pas à cette situation qui est explosive.

Comment la sociologie peut-elle elle venir en aide à la crise que traverse actuellement l’hôpital public?

Entretien avec Pierre-André Juven, sociologue, CNRS, co-auteur du livre "La casse du siècle. A propos des réformes de l'hôpital public", mené par Stéphanie Chevrel, Acteurs de santé.

"On a entendu dire ces derniers mois à plusieurs reprises que les patients viendraient aux urgences parce que ça serait gratuit. Mais aucune étude ne le montre. Il s’agit d’allégations qu’on ne peut même pas démontrer et qui relèvent purement et simplement d’une idéologie libérale visant à encourager la réduction des dépenses pour l’hôpital public."

L'apport de la sociologie
"Ce que la sociologie apporte, et plus largement les études en sciences sociales et humaines, c’est précisément une connaissance de ce qui se passe sur le terrain et dans les services hospitaliers, articulée à des données statistiques et des connaissances plus larges sur ce qu’est l’hôpital public au niveau national. Ces études permettent d’avoir une connaissance effective empirique de ce qui se passe á l’hôpital public."

De grandes inégalités entre hôpitaux publics
"Les études conduites en sciences humaines et sociales permettent de montrer qu’il y a, ces dernières années, une grande fatigue des professionnels de santé à l’hôpital, ainsi que de grandes inégalités entre hôpitaux public et des financements de plus en plus contraints. L’ouvrage que nous publions peut, dans une période comme celle que nous traversons aujourd’hui, venir appuyer l’argumentaire critique."

Un niveau de financement insuffisant
"Nous sommes extrêmement pessimistes sur le futur de l’hôpital public car son niveau de financement n’est pas suffisant. Pierre-Louis Bras, inspecteur général des affaires sociales, président du conseil d’orientation des retraites, explique dans Les Tribunes de la santé, revue publiée par les presses de Sciences Po, que le niveau des investissements est passé de 11% à 5% ces dernières années et que le taux de marge brute des hôpitaux est largement insuffisant. Selon lui, si le volume des dépenses accordé à la santé et à l’hôpital public est très bon pour les comptes publics, il est très mauvais pour l’hôpital public."

Une situation explosive
"Nous sommes aujourd’hui dans une situation où l’investissement n’est pas suffisant. Les structures vont tomber en décrépitude. Les soignants sont épuisés, les arrêts-maladie sont fréquents, il y a des suicides à l’hôpital. Des patients, eux-aussi, commencent à témoigner d’une souffrance à l’hôpital du fait du manque de considération et surtout du manque de temps qu’on leur accorde. Or, ce qui nous semble inquiétant, c’est que le gouvernement ne répond pas à cette situation qui est explosive."

Investir massivement pour pérenniser notre système de santé
"Nous courrons le risque de nous retrouver dans la même situation désastreuse qu’à la fin des années 90 où il a fallu mettre en place des grands plans d’investissements pour rénover l’hôpital public. Cela a nécessité des dizaines de milliards d’euros parce que les investissements n’avaient pas été faits à temps. Par ailleurs, les recettes et les fonds débloqués dans les années 2000 liés soit aux emprunts toxiques, soit à des partenaires public-privé ont coûté très cher à l’hôpital public.

Autrement dit, il vaut mieux pour un état, pour un système d’assurance maladie, investir massivement et par de l’argent public à un moment donné pour pérenniser son système de santé plutôt que d’attendre et de payer, au final, une addition beaucoup plus salée."

En savoir plus : "La casse du siècle. A propos des réformes de l'hôpital public", auteurs : Pierre-André Juven, Frédéric Pierru & Fanny Vincent - https://livre.fnac.com/a12979176/JUVEN-La-casse-du-siecle-A-propos-des-reformes-de-l-hopital-public

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