L'invité du mois, supprimer les barrières entre les fonctions médicales

Professeur Roman Rouzier, Chirurgien & directeur scientifique du centre François Baclesse à Caen.

Une nouvelle organisation pour un accès plus facile des patients aux informations santé.

Il est né et a vécu en Picardie jusqu'au lycée puis, il décide de partir à Paris pour faire des études de médecine. « Rapidement, je me suis orienté vers l’internat avec une spécialité chirurgicale : la gynéco ». Un jour, il visionne la vidéo d’une intervention chirurgicale, « ce film a été une révélation extraordinaire, je me suis dit : voilà ce que je veux faire, de la chirurgie et de la recherche. J'ai donc orienté la fin de mon internat vers la chirurgie des ovaires. Assez rapidement, j'ai découvert que la chirurgie devait être associée à des avancées issues de la recherche, notamment la biologie moléculaire ». Il entre dans cette spécialité de la recherche à l'institut Curie. Et ensuite, cap vers les États-Unis à Houston : « j’y ai découvert la modélisation mathématique. »

Un défi, territorial
Entre 2012 et 2022, il est à l'institut Curie. « J'avais envie d'un autre défi, plus territorial. Ce qui m'a le plus marqué, c’est la notion d’école : comment créer une structure qui permette aux plus jeunes de se former à la fois sur le plan chirurgical, mais aussi en recherche et pour d’autres, en enseignement. C'est vrai que cette approche est beaucoup plus riche qu'une personne qui ne fait que de la recherche ou que de la chirurgie. À la question : « Aujourd'hui, quel est votre quotidien ? » Il répond avec un large sourire : « Aujourd'hui, mon quotidien est réglé comme du papier à musique ! C'est très important, j'ai une activité clinique sur le cancer du sein et une responsabilité de directeur de recherche, cela correspond finalement a une responsabilité de chef de orchestre. »

Supprimer les barrières entre les fonctions médicales
« C'est vrai que je suis passé d'une maison très réputée, l’institut Curie, à un établissement plus petit, mais  qui présente des spécificités qui sont pour certaines des pépites. Ici, les interactions sont beaucoup plus faciles, nous sommes très en avance sur de nombreuses thérapies et traitements. Le cancer du sein est une maladie pour laquelle il y a encore énormément de choses à faire. C'est passionnant parce que la seule façon de répondre à ces défis est de décloisonner, c’est à dire de supprimer les barrières entre les fonctions médicales et paramédicales. Il faut que nous fassions monter les infirmières en compétence et que nous organisions et prenions mieux en charge les patients pour qu’ils accèdent plus facilement et simplement aux informations comme par exemple, sur leurs transports. Tout cela peut se mettre en place avec les Agences régionales de santé (ARS) pour permettre la duplication d’expériences sur d’autres territoires. » 

Le danger de travailler en silo
Sur la question des données de santé : « Je suis certain que les gens vont s’approprier l’espace numérique santé. Cela va vraiment nous aider dans le transfert des comptes-rendus entre les institutions, avec en plus cette notion de « démocratie sanitaire », ainsi, c’est le patient qui nous dira à qui les envoyer. C’est une façon plus active de considérer la prise en charge des soins et du parcours de santé. » Il attire l’attention et revient sur un autre point essentiel, la formation des jeunes, tant dans le médical que le para-médical incluant l’innovation. « Aujourd’hui, nous ne pouvons envisager l’avenir sans innovations. Le danger est de travailler en silo. Le manque d’échanges empêche de prendre certains patients en charge dans les meilleures conditions. » Il cite un exemple d’innovation insuffisamment connue : le test génomique qui permet dans certains cancers du sein d’éviter une chimiothérapie inutile à quasiment une patiente sur deux. « Ca n’a pas de prix ! Ces tests doivent rapidement rentrer dans la nomenclature. Le tout est de mettre tout cela en musique, pour que cela fasse une belle symphonie.»

Gaël de Vaumas

Volet Perso :
Votre film préféré ? : « Le retour du Jedi ! »
Pour la lecture ? : « Des livres de vulgarisation scientifique »
Un autre métier que vous auriez aimé faire ? : « Ingénieur »
Pour la musique ? : « La musique Pop, Rock »
Quels conseils à un jeune qui souhaiterait faire votre métier ? : « Il n’y a pas 50 solutions, il faut bosser ! »
Qu’attendez-vous  à ce que l'on vous dise à votre arrivée au paradis ? : « Merci, d’avoir laissé des élèves sur la terre »

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