Marché français du médicament & innovations 2019

Claude LE PEN, professeur d’économie à Paris-Dauphine, Consultant pour IQVIA

Une tendance du marché français du médicament un peu morose, légèrement inférieure à celle des autres pays européens et une innovation toujours plus concentrée sur l’oncologie, les maladies auto-immunes et les maladies rares.

Pas de grands bouleversements sur le marché pharmaceutique en 2019
« Le marché pharmaceutique en ville en 2019 reste plutôt orienté vers une croissance nulle ou légèrement négative. En 2018, ce mouvement a été un peu occulté par le passage en ville de traitements coûteux en oncologie et dans le VHC, mais la tendance reste très modérée. Le PLFSS 2019 prévoit à nouveau des baisses de prix de plus de 500 millions d’euro, soit une tendance un peu morose, légèrement inférieure à celle des autres pays européens et notamment l’Allemagne ou le Royaume-Uni où les dépenses sont plus dynamiques. » 

Croissance des bio-similaires avec l’oncologie
« Les grands chantiers pour 2019 sont la croissance des bio-similaires avec l’arrivée d’importantes molécules en oncologie. Ce changement de fond concerne davantage l’hôpital que la ville. On estime à plus d’un milliard d’euros le chiffre d’affaires exposé aux bio-similaires avec des économies potentiellement importantes, captées par l’hôpital qui les redistribuera et qu’on ne verra pas nécessairement : les dépenses ne baisseront pas forcément mais l’hôpital va faire davantage pour récupérer ces économies. »

Un marché du générique plat
« En ville, le générique stagne, il atteint tout juste ses objectifs conventionnels avec les médicaments classiques comme les anti-TNF, les NACO ou les produits anti-diabétiques. Il n’existe pas de bio-similaires à l’officine, ceci est dû à un problème légal : contrairement aux génériques, les pharmaciens n’ont pas le droit de substitution et ne sont pas rémunérés pour la substitution. Ce chantier sera certainement ouvert en 2019. »

L’automédication en France est en crise très nette
« Les produits non remboursables, non prescrits, sont en forte baisse depuis plusieurs années - de 7% à 8% - et cela s’accentue, vraisemblablement pour des raisons institutionnelles sécuritaires pour les patients. Des produits ont été re-listés, certains remis en PMO, d’autres ont été interdits de publicité. Les produits d’automédication souffrent aussi de la concurrence de produits non médicamenteux (non AMM) mais qui offrent du bio, de la forme, du bien être notamment pour les pathologies hivernales ou digestives avec des aliments naturels sans médicaments, sans excipients, au nom de la nature et de l’écologie. L’automédication se retrouve ainsi un peu coincée entre ces exigences de sécurité et l’apparition de nouvelles cibles marketing autour de la nature, « je me soigne sans médicament ». Les groupes qui fabriquent ce type de médicaments doivent prendre cette nouvelle donne en considération pour redéfinir des politiques appropriées à ces évolutions à la fois du côté réglementaire et du côté patient. »

Oncologie, maladies auto-immunes et maladies rares, l’innovation est toujours plus concentrée
« L’innovation est très forte mais très concentrée sur deux aires thérapeutiques : l’oncologie et l’immunothérapie qui explose, et les maladies orphelines avec la thérapie génique. Toute une série de pathologies sont ainsi candidates avec des traitements généralement assez coûteux mais assez révolutionnaires sur le plan technologique. Il y a peu d’innovation sur les pathologies du quotidien ou sur les antibiothérapies, alors qu’on en aurait bien besoin, tout comme dans le cardiovasculaire. »

Interview réalisée à l’occasion des Matinales de la FNIM, http://www.lafnim.com/actualite/marche-de-la-pharmacie-une-croissance-moderee-d-ici-a-2022-177.htm
En savoir plus :
http://www.lafnim.com

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