Plaies et personnes âgées - L’infirmière, un rôle de soins mais aussi un rôle social

Florence AMBROSINO, auteur du guide de l’infirmier(ère) en pratique avancée

L’infirmière permet aux personnes âgées de garder le lien avec l’extérieur.

Florence Ambrosino est l'auteur du « Guide de l’infirmier(ère) en pratique avancée ». Aujourd’hui au-delà du soin, elle décrit le rôle important des infirmières et du lien social quelles peuvent entretenir avec les personnes âgées de plus en plus nombreuses à vivre chez elles, à leur domicile, parfois dans une grande solitude.

L’infirmière a un rôle social en plus de son rôle de soins
« C’est indéniable, en ville ou en campagne, il y a une forte population de gens âgés désocialisés qui restent à leur domicile, souvent porteurs de plaies et notamment, de plaies d’ulcère. On se rend compte que finalement pour ces personnes, la seule visite de la journée est celle de l’infirmière. Parfois, elles bénéficient d’une aide-ménagère, mais il y a un reste à charge qu’elles ne sont pas toujours en mesure de payer. Quand elles ont la chance d’avoir un médecin traitant, il leur rendra visite tous les mois ou tous les trois mois. C’est donc l’infirmière qu’elles verront le plus souvent. »

L’infirmière permet à la personne âgée de garder le lien avec l’extérieur
« Bien souvent, il s’agit d’une plaie d’ulcère qui ne guérit pas malgré les soins attentifs de l’infirmière. Cela fait un an que l’infirmière voit tous les jours sa gentille patiente, Madeleine. Et puis un jour, par miracle, la plaie commence à guérir et l’infirmière lui dit toute contente : « C’est formidable Madeleine, on va bientôt arrêter les pansements, vous commencez à être guérie ». Madeleine fait un peu la grimace et l’infirmière ne comprend pas pourquoi. Le lendemain, la plaie a doublé de volume et Madeleine vous affirme qu’elle n’a rien fait. L’infirmière se rend compte qu’elle est le lien social et que le fait de venir tous les jours permet à la personne âgée de garder le lien avec l’extérieur. Elle nous prépare un petit café avec la petite madeleine et ça, c’est très important. La prise en charge de Madeleine n’est pas que clinique, même si elle l’est au départ, elle peut aussi être d’ordre social. »

Toutes les personnes âgées n’ont pas les moyens de payer le reste à charge
« Mais comment faire différemment ? Nous sommes obligés au sein de notre société tellement individualiste de créer ce lien social. Des petites ‘’Madeleine’’, il y en a beaucoup ! Les solutions sont sociales - auxiliaires de vie, aides à domicile - mais toutes les personnes n’ont pas les moyens de régler le reste à charge. Les enfants et petits-enfants n’ont eux-mêmes pas forcément toujours les moyens de financer ou d’être présents. Certaines familles vivent de façon un peu éclatée avec le phénomène des divorces et les déplacements professionnels, d’autres sont obligées de se recomposer sur le tard parce que les personnes n’ont plus les moyens d’entretenir leur appartement. Les familles vivent alors de façon transgénérationnelle. »

Prendre le temps ça n’a pas de prix ! 
« Changer est un problème sociétal, c’est en train de se faire : décloisonner un peu la ville, l’hôpital, le sanitaire, le social, le médical et le paramédical, autoriser les coopérations, les délégations de tâches, les dérogations, ce qui se fait déjà notamment dans la pratique avancée. La porte d’entrée n’est plus le tout médical, pourquoi alors ne pas oser revenir à nos anciens dispensaires qui finalement permettaient d’accueillir tout le monde sans distinction d’argent. Les gens venaient se faire soigner. Des maisons médicales se montent un peu partout qui font de l’accueil. Les urgences doivent être repensées. Pourquoi les gens vont-ils aux urgences et attendent parfois 5 ou 6 heures ? Parce qu’ils ont tout sur place et qu’ils n’ont pas à se déplacer plusieurs fois pour la réalisation et l’interprétation de l’examen, ils n’ont pas à solliciter la famille ou le transport sanitaire pour s’y rendre. Trouver un médecin traitant n’est pas toujours facile. C’est la réalité des choses. »

« Le jour où tout cela arrivera à se lisser, les petites ‘’Madeleine’’ seront mieux prises en charge par des personnes qui seront formées correctement mais qui auront aussi les moyens de prendre le temps. Prendre le temps ça n’a pas de prix ! »

Source : Interview réalisée en toute indépendance éditoriale par Acteurs de santé Tv pour la Web Tv Plaies et Cicatrisations, avec le soutien institutionnel de ConvaTec, à l’occasion des Journées Cicatrisations 2020, organisées du 26 au 28 janvier, à Paris, par la Société Française et Francophone Plaies et Cicatrisations.

En savoir plus : https://www.cicatrisations2020.org/  &  https://www.convatec.fr/

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