Quand les robots deviendront les compagnons du grand âge

Laurence DEVILLERS, Professeur à la Sorbonne Université, Chercheuse au Limsi-CNRS

Comment créer du lien social avec ces machines, comment faire des outils pas très onéreux avec des fonctions intéressantes pour les accompagnants, non pas pour les remplacer mais pour les aider.

Professeur et chercheur à La Sorbonne, chercheur au CNRS, Laurence Devillers travaille sur les machines affectives.

Améliorer l’interaction avec les robots pour la rendre plus naturelle
« Vous prenez le même agent conversationnel que vous mettez sur votre ordinateur ou dans un robot incarné à forme humanoïde, la perception des gens sera différente. On trouvera évidemment l’agent plus intelligent quand il est réincarné dans quelque chose qui nous ressemble. J’essaie d’améliorer cette interaction avec les gens pour qu’elle soit plus naturelle : rajouter des informations affectives, détecter l’émotion des gens, pouvoir raisonner et exprimer de l’attention, de l’émotion, de l’empathie tout en sachant qu’elle est très artificielle. »

Réguler les robots nécessite la compréhension des usages
« Le cadre dans lequel on peut utiliser ces agents conversationnels me semble important à réguler non à la manière forte, mais avec une régulation douce qui nécessite la compréhension des usages : comment ces machines vont stimuler les gens en perte cognitive et en perte de mémoire, les gens qui sont repliés sur eux-mêmes et qui ne sont plus du tout dans un mode affectif ou d’interactions émotionnelles avec les autres ? Comment créer du lien social avec ces machines, comment faire des outils pas très onéreux avec des fonctions intéressantes pour les accompagnants, non pas pour les remplacer mais pour les aider. Les données en continu vont aussi pour les médecins être des repères pour mieux diagnostiquer, suivre le développement de la maladie ou au contraire l’amélioration de la vie du patient avec la mise en place d’un traitement. Ces systèmes à notre disposition sont extrêmement performants à condition, pour le bien-être de tous, qu’on les encadre et qu’on sache que ce sont des objets et des systèmes qui ont été créés par des humains. »

Seul à discuter avec son robot, ne pas tomber dans l’excès !
« Dans certaines cultures, le rapport aux objets peut être différent. Les objets peuvent être animés, l’animisme est une tendance philosophique ou religieuse au Japon. La population japonaise est très « early adopter » et utilise rapidement ces systèmes. On voit arriver des espèces de « tamagotchi » pour adulte, représentant une fée clochette ou une petite poupée en hologramme, qui sortent de ce qui ressemble à un Google Home sauf que, personnifiés, ces objets vont remplacer une présence humaine par de l’attention, des simulacres de conversation intime. Là, il y a un réel souci car que deviendrait la population si la totalité des personnes en venait à parler seule avec des machines... !? »

 

Interview réalisée dans le cadre du Big Bang Santé du Figaro 2018
En savoir plus : https://bigbang.lefigaro.fr/sante/

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