S’informer sur les tests génomiques avant même de consulter

Dr Daniel ZARCA, Chirurgien, Oncologue - Président de l'Institut Français du Sein - Paris

Cancer du sein, 6.000 femmes pourraient chaque année en France éviter une chimiothérapie inutile, elles devraient s’informer sur les tests génomiques avant même de consulter et ne pas hésiter à en parler avec leur oncologue ou leur chirurgien.

Le docteur Daniel Zarca, chirurgien oncologue, président de l’Institut Français du Sein à Paris fait le point sur les tests génomiques. L’association Patients en Réseau vient en effet de mener une grande enquête sur ce sujet auprès de 625 femmes soignées pour un cancer du sein. Or on se rend compte que la majorité d’entre elles ne sait pas ce que sont ces tests. Docteur Zarca, qu’est-ce qu’un test génomique et quels sont ses objectifs ? 

Des tests génomiques pas assez prescrits en France pour éviter de nombreuses chimiothérapies inutiles
« Un test génomique est un test d’utilisation assez récente en France qui consiste à analyser l’expression des gènes d’une tumeur afin de connaître son agressivité et les traitements qu’on peut appliquer à ce type de tumeur. Ces tests sont très utiles aujourd’hui car ils nous permettent dans un certain nombre de cas, en particulier dans les cancers du sein, d’identifier les patientes qui vont vraiment bénéficier d’une chimiothérapie et celles qui pourraient s’en passer. Ce test novateur, disponible depuis une dizaine d’années, permet d’éviter de très nombreuses chimiothérapies inutiles. »

35 000 patientes concernées chaque année par une forme de tumeur particulière sont éligibles aux tests génomiques
« Les femmes à qui s’adressent les tests génomiques sont beaucoup plus nombreuses qu’on ne le croyait autrefois, ils concernent à peu près 60 à 70 % des patientes atteintes d’un cancer du sein qui ont des récepteurs hormonaux positifs et qui n’expriment pas HER2-, soit environ 35 000 patientes chaque année en France. Pour que les patientes non ménopausées puissent avoir recours à ces tests, les ganglions ne doivent pas être envahis. Cependant, pour les patientes ménopausées qui n’ont pas de ganglions envahis, on peut et on doit utiliser le test, même si 1 à 3 ganglions sont touchés. C’est vraiment un test qu’on devrait proposer beaucoup plus souvent. »

6 000 femmes en France pourraient chaque année échapper à une chimiothérapie
« A l'Institut Français du Sein, nous utilisons Oncotype DX qui est le test pour lequel nous avons toutes les preuves d'efficacité* et qui est également le test qui évite le plus de chimiothérapies inutiles. Si Oncotype DX était utilisé dans les indications retenues, au moins 6 000 femmes en France pourraient chaque année échapper à une chimiothérapie. »

Un problème économique ? Pourtant, éviter une chimiothérapie réduirait des souffrances inutiles et de nombreux coûts
« En réalité, si on suit les guidelines qui ont été publiées par les Américains au travers de plusieurs essais, on s’aperçoit qu’il y a très peu de ces 35 000 patientes qui pourraient sortir des indications de ces tests. Ensuite, se pose un problème purement économique, nous allons donc essayer d’identifier parmi ces 35 000 patientes celles qui en bénéficieraient le plus, mais en réalité, on ne peut pas en éliminer beaucoup si on reste strictement sur les données médicales qui ont été publiées. En diminuant le nombre de chimiothérapies effectuées, on n’augmenterait pas le coût du traitement des cancers du sein puisqu’on éviterait beaucoup de chimiothérapies inutiles. C’est un calcul savant car des dépenses sont directement induites par le coût des molécules, des traitements et de l’hospitalisation, mais aussi le coût induit par les arrêts de travail et les arrêts prolongés. La chimiothérapie a malheureusement des conséquences à moyen ou long terme. On constate également fréquemment des problèmes de déclassements sociaux. »

Bien s’informer sur les tests génomiques avant même de consulter
Les femmes qui ont entendu parler de ces tests génomiques sont celles généralement à qui on a fait le test. 12 % des femmes interrogées dans l’enquête menée par l’association Patients en réseau en ont ainsi bénéficié. Elles en ont entendu parler surtout par leur équipe soignante dont l’oncologue, mais aussi leur gynécologue. Elles sont très actives pour rechercher elles-mêmes l’information sur les réseaux sociaux ou Internet, dans la presse, et aussi auprès des associations de patients. « Les associations de patientes sont très actives et mettent à disposition des femmes des informations complètes. Il existe des sites médicaux comme celui de l’Institut Français du Sein où de nombreuses informations sont disponibles. Quant au test génomique qui apparaît très technique et extrêmement spécialisé, sa finalité nécessite vraiment que toutes les femmes sachent avant même de consulter que ce test existe et qu’elles peuvent en bénéficier. Elles peuvent en discuter avec l’équipe qui va les prendre en charge. »

Seul un test sur 10 est réalisé en France auprès des femmes qui en auraient besoin ...
« Aux États-Unis, Il est pratiquement impossible d’être traitée par chimiothérapie sans faire ce test. En Allemagne, et dès lors que votre oncologue le demande, les 70% de patientes qui rentrent dans l’indication peuvent bénéficier d’un test génomique sans aucune restriction. En France, 35 000 patientes pourraient bénéficier de ce test et l’idéal serait que ces 35 000 patientes en bénéficient. Ce chiffre n’est pas du tout celui constaté dans notre pays aujourd’hui puisque seuls quelques milliers de tests sont réalisés - 1 test sur 10 alors qu’on devrait en faire à peu près 10 fois plus. »

Que diriez-vous à une femme qui vient d’avoir un diagnostic de cancer du sein et qui doit se faire opérer ?
« Avant même de débuter le traitement, je dirais à une patiente qu’il est important pour elle de s'informer. Elle doit savoir quelle est la position de l’équipe soignante sur ces tests. Utilise-t-elle ces tests et quand ? Elle ne doit pas hésiter à poser des questions à son oncologue ou à son chirurgien, il n’y a rien d’indiscret à cela, et ensuite, se faire une opinion par elle-même. »

En savoir plus : Dr Daniel Zarca, https://www.linkedin.com/in/daniel-zarca-291a4389/, liens d'intérêt sur https://www.transparence.sante.gouv.fr/flow/main?execution=e2s1 - Institut Français du Sein, https://www.ifsein.com - Patients en reseau, https://www.patientsenreseau.fr/ Mon Réseau Cancer du Sein https://www.monreseau-cancerdusein.com/ - bit.ly/testgenomique @reseauKsein @reseauKgyneco @reseauKpoumon @reseauKcolorect - Mon traitement cancer du sein, https://www.montraitement-cancerdusein.fr/ - Exact Sciences, https://www.exactsciences.com/

Interview réalisée par Acteurs de santé Tv, avec le soutien d’Exact Sciences qui n’est pas intervenu dans le contenu éditorial - dans le cadre de l’enquête menée par Patients en Réseau auprès de 625 femmes soignées d’un cancer du sein, du 2 au 16 janvier 2021.

Sources : https://www.e-cancer.fr/Professionnels-de-sante/Les-chiffres-du-cancer-en-France/Epidemiologie-des-cancers/Les-cancers-les-plus-frequents/Cancer-du-sein - NCCN Guidelines Insights: Breast Cancer, version 3.2018.https://www.nccn.org/store/login/login.aspxReturnURL=https://www.nccn.org/professionals/physician_gls/pdf/breast.pd / - IQWIG Communiqué de presse, septembre 2018 - Burstein et al. Ann Oncol. 2019 - Andre et al. J Clin Oncol 2019 - Sparano et al. N Engl J Med 2018 - Geyer et al. npj Breast Cancer 2018 - Kalinsky et al, San Antonio Breast Cancer Symposium 2020 GS3-00

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